Devenir mannequin

En guise d’introduction

À une époque où les médias sociaux nous laissent croire qu’il est possible d’accéder à une forme ou une autre de renommée — Andy Warhol a dit qu’un jour chaque individu aurait doit à ses quinze minutes de célébrité! —, il n’est pas étonnant que le métier de mannequin soit devenu si médiatisé, si désiré. Et pourtant, la courte carrière d’un mannequin se compose en bonne partie d’une succession sans fin d’auditions pour quelques contrats par année. Il n’est donc pas étonnant que bien des modèles disposent d’un second emploi. Certes, il existe des « super modèles » qui semblent flotter au-dessus de la mêlée. Mais ces derniers ne sont guère plus nombreux que les pilotes de formule 1! Aussi bien jouer à la loterie…

L’aura qui semble envelopper ce métier jouerait à la faveur des agences de mannequins : le déséquilibre entre « l’offre et la demande » permettrait aux agences de faire pression sur les salaires tout en augmentant le roulement de leurs « écuries », écourtant par le fait même la durée moyenne de la carrière leurs mannequins. Bref, entrer dans cet univers serait d’autant plus difficile que le nombre d’aspirants modèles est pour ainsi dire infini. Et en même temps, le marketing — mode, voitures, produits de consommation, etc. — n’aura peut-être jamais autant consommé de modèles.

Ce métier serait d’autant moins comme les autres qu’il serait le triste théâtre d’abus de toutes sortes. C’est ce que soutient un documentaire comme celui de Sara Ziff : Picture me (deux articles à lire en français et ici en anglais) qui évoque sans détour les agressions sexuelles dont sont victimes de nombreux modèles. Aussi, le milieu a des exigences biométriques qui semblent condamner le mannequin à la maigreur. Faut-il rappeler qu’en 2006, Luisel Ramo (référence) est décédée d’épuisement au terme d’un défilé (sous alimentation). Cela dit, il faut reconnaître que l’obésité progresse à peu près partout!

À quoi s’ajoute l’âge à partir duquel les modèles peuvent être engagés; cela défit parfois l’entendement. Et rares sont les modèles à faire carrière passé 25 ans. Une agence comme Boss se spécialise ouvertement dans les modèles de 15 à 24 ans. Certaines sources suggèrent même qu’il est impossible d’entrer dans les grandes agences, passé l’âge de 20 ans. Ce qui rejoindrait notre précédent commentaire sur l’impact du déséquilibre entre l’offre et la demande. Il est à noter que si les mannequins masculins ont un salaire inférieur aux modèles féminins, ils profitent toutefois d’une carrière plus longue.

Bref, le côté glamour de l’image finale ne donne aucune idée des efforts et des sacrifices que peut avoir exigés sa réalisation. Quant aux salaires, ils sont très variables, selon les agences et selon les contrats. Par exemple, lors des semaines de la mode, les nouveaux modèles peuvent être payés en linge, tandis que les autres modèles peuvent recevoir un salaire variant de 1 000 $ à 25 000 $, selon l’expérience et la notoriété.

La question de la beauté et de la grandeur

La grandeur est pour ainsi dire le premier critère du métier. Pour les mannequins qui défilent sur les podiums, la grandeur minimale tourne autour de 5’ 8" (1,73 m). Mais certaines agences ne prennent que des femmes entre 5’9" et 6’ (1,75 et 1,82 m). À quoi peuvent s’ajouter, selon les sources, des critères biométriques très spécifiques comme la forme des yeux, la morphologie de la mâchoire, la longueur du cou, etc.

Il est indéniable que la beauté est un critère fondamental du métier. Toutefois, la définition de la beauté change avec le temps et peut même changer d’une agence à l’autre. Aussi, la beauté est ici quelque chose de relatif dans la mesure où ce qui peut être recherché, c’est une combinaison un peu particulière et indéfinissable entre la personnalité et l’apparence. Et cette combinaison se trouve quelque part entre le modèle, l’agence qui étudie sa candidature et le moment où tout cela advient. Et puis, encore faut-il être capable de projeter cette beauté, un peu comme un comédien qui projette sur scène son personnage. Et cela n’est pas donné à tous.

Ces critères peuvent être quelque peu bousculés par les exigences d’un client. Mais compte tenu du nombre de modèles en agence, l’aspirant modèle un peu atypique se doit être grand. Et même si il faut des modèles pour les annonces de produits de beauté (visage) ou de souliers (pieds), les agences sont en mesure de répondre à tous les défis puisqu’un grand modèle peut répondre à toutes les demandes.

Pour se démarquer auprès des grandes agences internationales — Ford, Elite, IMG, Next, DNA, Metropolitan — il faut donc disposer de caractères biométriques précis. Dans un tel contexte, plusieurs modèles font carrières à l’échelle de métropoles secondaires comme Montréal, Chicago ou Toronto, puisqu’il faut des modèles pour la Semaine de la mode de Montréal comme il en faut pour un designer local ou le Salon de l’auto de Montréal.

Les agences

Les agences sont probablement la seule façon d’entrer dans le métier. Certes, certains modèles travaillent comme travailleur autonome, mais ils ne peuvent guère dépasser l’horizon d’un marché régional.

Les grandes agences internationales gèrent la carrière de leurs modèles en prélevant une portion de leurs revenus (entre 10 et 30 %, selon les sources consultées). Plusieurs modèles commencent dans des agences de métropoles intermédiaires de façon à se bâtir un portfolio professionnel à partir duquel ils peuvent espérer atteindre les grandes agences. Cela dit, et comme précédemment souligné, bien des modèles, même dans les agences importantes, disposent d’un autre travail, car le mannequinat n’est pas un métier à temps plein pour tous. Aussi, il n’est pas rare pour des modèles d’être à l’emploi de plus d’une agence, ce qui augmente leur chance d’avoir du travail (certaines agences peuvent demander une forme ou une autre d’exclusivité).

Le choix de l’agence doit se faire en fonction du type de mannequinat que l’on désire faire (ou que l’on peut faire!). Par exemple, certaines agences se spécialisent dans l’embauche de modèles d’essayage. D’autres se spécialisent dans les hôtes pour les salons et les foires commerciales (dans ce cas, l’entregent et la beauté sont généralement plus importants que la seule grandeur).

Il ne faut jamais payer pour être dans une agence, ni pour son portfolio. C’est la règle d’or. De plus, il est important de faire sa petite enquête pour vérifier la légitimité et le professionnalisme d’une agence régionale.